2018
Capturer le temps est une réflexion sur la conservation et l’éphémère, une exploration de notre rapport obsessionnel à la préservation.
La conserve, objet du quotidien, incarne cette volonté de figer le temps : elle protège, elle isole, elle retarde l’inévitable altération. Le métal, robuste et durable, prolonge la vie de ce qu’il contient, bien au-delà des emballages cartonnés, conçus pour un usage immédiat, presque jetable. Pourtant, dès qu’elle est ouverte, la conserve perd son pouvoir. L’aliment s’expose à l’air, au temps, et se périme. La conservation n’est qu’une illusion temporaire, un sursis avant que la dégradation ne reprenne ses droits.



Pour quelle raison, une fois ces boîtes géométriques ouvertes, cessons-nous de conserver ? Pourquoi cette peur de lâcher prise, cette tendance à accumuler, à archiver, comme si nous pouvions, par la simple force de notre volonté, maîtriser l’éphémère ? La conservation extrême devient alors une forme de réconfort, une maladie rassurante. Les œuvres présentées sont des conserves métalliques cylindriques, de tailles variées, ouvertes et privées de leurs étiquettes. À l’intérieur, des emballages cartonnés pliés, compressés, réduits à leur essence. On y distingue des traces : des marques, des textes, des dates de péremption…
Ces éléments, serrés les uns contre les autres, forment une stratification visuelle où chaque couche raconte une histoire, chaque pli capture un instant volé au temps. Les conserves, autrefois conçues pour protéger leur contenu, deviennent ici les gardiennes d’une mémoire fragile. Elles préservent ce qui était destiné à disparaître, transformant l’éphémère en une forme d’éternité paradoxale. Ces œuvres questionnent notre besoin de conserver pour exister, notre peur de voir le temps nous glisser entre les doigts. Les emballages cartonnés, pourtant fragiles, sont ici éternisés par leur mise en scène dans le métal, comme une métaphore de notre propre rapport au temps. Nous cherchons à tout prix à capturer des instants, à les figer, à les archiver, comme si cela pouvait nous sauver de l’oubli. Pourtant, capturer le temps, c’est peut-être aussi accepter qu’il nous échappe. Et si la véritable conservation était, au fond, de savoir laisser partir ?